3 La croissance du stockage d’imagerie médicale est le chiffre que l’on demande à chaque équipe d’informatique d’imagerie au moment du budget, et l’un des plus difficiles à donner avec assurance. L’archive grossit à chaque examen, mais le rythme dépend du volume d’examens, de la répartition des modalités, de la taille de chaque examen, de la compression des images, du nombre de copies conservées et de leur durée de conservation. Une nouvelle modalité, comme la tomosynthèse mammaire numérique ou la pathologie numérique, peut modifier la courbe en une seule année. Cet article montre comment construire un modèle pratique de croissance du stockage d’imagerie médicale, quels facteurs la déterminent et comment planifier la plateforme de stockage pour que la croissance ne devienne pas une crise. Pour l’architecture d’ensemble, consultez notre guide sur le stockage PACS et VNA. Les données d’entrée d’un modèle de croissance La croissance annuelle se résume à quelques données d’entrée : Le nombre d’examens par an et par modalité : scanner, IRM, radiographie, échographie, mammographie, médecine nucléaire, cardiologie, pathologie et autres. La taille moyenne des examens par modalité, telle que stockée dans l’archive. La compression, si l’archive stocke des images compressées. Le nombre de copies, reprise après sinistre et sauvegarde comprises. Le surcoût de protection de la plateforme de stockage. L’évolution annuelle des volumes et de la taille des examens. La durée de conservation, qui détermine la quantité de données qui s’accumule dans le temps. Les deux premières déterminent les nouvelles données. Les copies et le surcoût transforment les données logiques en capacité brute. La conservation détermine si les anciennes données finissent par sortir. La taille des examens varie énormément selon la modalité La taille des examens dépend des équipements, des protocoles et des réglages : mesurez les vôtres. À titre indicatif sur les ordres de grandeur : La radiographie conventionnelle et numérisée produit des examens relativement petits, souvent de quelques dizaines de mégaoctets. L’échographie varie selon le nombre d’images et de boucles ciné. Le scanner en coupes fines peut atteindre plusieurs centaines de mégaoctets, voire davantage. L’IRM varie fortement selon les séquences et peut produire de gros examens. La tomosynthèse mammaire numérique produit des examens bien plus volumineux que la mammographie 2D, couramment plusieurs centaines de mégaoctets ou plus par examen. La pathologie numérique produit des images de lames entières pouvant atteindre plusieurs gigaoctets par lame, avec plusieurs lames par dossier. Comme quelques modalités dominent la capacité, un hôpital qui ajoute la tomosynthèse ou lance la pathologie numérique peut voir sa croissance bondir alors même que le nombre total d’examens varie à peine. La meilleure source de vérité est votre propre archive : exportez le nombre et la taille des examens par modalité sur les dernières années. Un exemple chiffré Un hôpital fictif de taille moyenne réalise chaque année les examens suivants, avec leur taille moyenne archivée : 150 000 radiographies à 30 Mo : 4,5 To. 60 000 scanners à 300 Mo : 18 To. 25 000 IRM à 150 Mo : 3,75 To. 50 000 échographies à 50 Mo : 2,5 To. 20 000 mammographies par tomosynthèse à 500 Mo : 10 To. Total des nouvelles données logiques : environ 39 To par an. Appliquons maintenant les multiplicateurs : Si l’archive utilise une compression sans perte qui réduit les données d’un tiers, les données stockées tombent à environ 26 To. Si l’hôpital conserve une seconde copie sur un site de secours, on double à environ 52 To. En ajoutant le surcoût de protection du stockage, par exemple 30 à 50 % selon l’architecture de la plateforme, la capacité brute nécessaire atteint environ 70 à 80 To par an. L’année suivante, supposons une hausse de 5 % des volumes et de 5 % de la taille moyenne des examens. Les nouvelles données augmentent d’environ 10 %. Comme la plupart des images sont conservées de nombreuses années, l’archive garde aussi toutes les années précédentes. Au bout de cinq ans, cet hôpital détient environ 240 To d’images logiques et plusieurs centaines de téraoctets de capacité brute. S’il lance la pathologie numérique, les chiffres peuvent fortement augmenter. La méthode générale est décrite dans la planification de la capacité de stockage. Pourquoi le stockage d’imagerie s’accumule Le stockage d’imagerie croît plus vite que ne le prévoient beaucoup d’équipes informatiques, car trois effets se cumulent : Plus d’examens, avec le vieillissement de la population, l’extension des programmes de dépistage et la place croissante de l’imagerie dans le diagnostic. Des examens plus volumineux, les appareils acquérant des coupes plus fines, davantage de séquences et une résolution supérieure. Une longue conservation, si bien que très peu de données sortent chaque année. La conservation est le multiplicateur le plus souvent sous-estimé. Lorsqu’une grande part des images doit être conservée de nombreuses années, et certaines, comme les images pédiatriques, pendant des décennies, l’archive se comporte presque comme un cliquet qui ne tourne que dans un sens. Voir la conservation des images médicales. Les facteurs qui ralentissent la croissance Plusieurs leviers peuvent ralentir la croissance du stockage d’imagerie médicale : La compression sans perte dans l’archive, prise en charge par de nombreux PACS et VNA. La suppression des images en fin de conservation, que de nombreux hôpitaux ne pratiquent jamais faute de processus. Une suppression automatisée fondée sur des politiques, avec une trace de ce qui a été supprimé, peut libérer une capacité importante. L’élimination des copies en double entre archives de service grâce à la consolidation. La hiérarchisation, qui ne réduit pas la capacité mais en abaisse le coût en plaçant les examens anciens sur un stockage moins coûteux. Certaines pratiques, comme la compression avec perte des examens anciens, relèvent de considérations cliniques et réglementaires et doivent être décidées par la direction médicale, pas par l’informatique seule. Les facteurs qui accélèrent la croissance De nouvelles modalités ou de nouveaux programmes, comme la tomosynthèse, le scanner cardiaque ou la pathologie numérique. Des fusions et de nouveaux sites affiliés qui alimentent l’archive en images. L’imagerie d’entreprise, qui fait entrer photos, vidéos et endoscopie dans l’archive. Les programmes de recherche et d’IA qui conservent des jeux de données dérivés supplémentaires. Le partage d’images, avec l’import et la conservation d’examens extérieurs. La croissance plus large des données de santé est abordée dans l’explosion des données de santé (en anglais). Planifier la plateforme de stockage pour la croissance L’objectif est une plateforme où la croissance est une routine plutôt qu’une rupture : Évoluer par petits incréments. Ajoutez des nœuds au besoin plutôt que d’acheter plusieurs années de capacité d’un coup. Éviter les migrations. Choisissez un stockage capable de grandir et de renouveler le matériel sur place, pour que des années d’images n’aient jamais à être déplacées en masse. L’article sur l’extension du stockage objet (en anglais) explique comment cela fonctionne. Prévoir une marge. Gardez assez de capacité libre pour les reconstructions et la croissance imprévue, et fixez des alertes bien avant les seuils. Séparer les niveaux avec discernement, en gardant les examens récents sur un stockage rapide et les plus anciens sur une capacité économique. Revoir le modèle chaque année, en comparant prévisions et croissance réelle. Le stockage objet est un choix courant pour l’archive à long terme, car il s’étend en scale-out et prend en charge l’immuabilité et le codage à effacement. Où trouver les données de votre modèle La plupart des données d’entrée existent déjà dans les systèmes de l’hôpital. Le PACS ou le VNA peut généralement fournir le nombre d’examens et leur taille stockée par modalité et par mois. Le système d’information radiologique connaît les volumes d’examens programmés et réalisés et peut montrer les tendances. Les plateformes de stockage indiquent la capacité brute et utile consommée dans le temps, ce qui permet de confronter le modèle à la réalité. Les équipes financières et de planification médicale connaissent les changements à venir, comme un nouveau programme de dépistage, un scanner supplémentaire ou un site affilié qui rejoint le réseau. Rassembler ces sources une fois par an, et tenir le modèle dans un tableur partagé, rend la prévision bien plus crédible qu’une règle empirique. Budgéter le stockage d’imagerie Traduisez la capacité en coût annuel : Le coût par téraoctet utile, surcoût de protection, énergie, espace et support compris. Les achats de capacité attendus chaque année selon le modèle de croissance. Les coûts de renouvellement, idéalement sans projet de migration. Les coûts du site de secours et des sauvegardes. Le temps du personnel pour l’exploitation et la gestion des données. Présentez le modèle sous forme de fourchette, par exemple croissance basse, attendue et haute, et signalez les événements connus comme l’arrivée d’une nouvelle modalité. Le coût de la conservation dans la santé est traité dans le coût de la conservation des données de santé (en anglais), et les composantes du coût dans le coût du stockage par téraoctet. Liste de contrôle : prévoir la croissance du stockage d’imagerie médicale Exporter le nombre et la taille des examens par modalité sur les trois à cinq dernières années. Identifier les modalités qui dominent la capacité. Appliquer des taux de compression mesurés sur vos propres données. Compter chaque copie : archive, site de secours et sauvegarde. Ajouter le surcoût de protection du stockage et une marge. Modéliser la croissance annuelle des volumes et de la taille des examens. Intégrer les nouvelles modalités, nouveaux sites et programmes prévus. Tenir compte de la conservation et de toute suppression prévue des examens expirés. Revoir la prévision chaque année. En résumé La croissance du stockage d’imagerie médicale est prévisible si on la mesure correctement. Le volume et la taille des examens par modalité forment la base, la compression et les copies la transforment en capacité stockée, et la longue conservation la fait s’accumuler d’année en année. Construisez le modèle à partir des données de votre propre archive, anticipez les changements connus comme les nouvelles modalités et choisissez un stockage capable de grandir et de se renouveler sans migrer les images. La question annuelle de la capacité devient alors un exercice de planification de routine. Questions fréquentes Quelle capacité d’imagerie un hôpital ajoute-t-il chaque année ? Cela varie fortement selon la taille et la répartition des modalités. Un hôpital de taille moyenne peut ajouter des dizaines de téraoctets d’images par an avant copies et protection, et les grands systèmes de santé bien davantage. Quelles modalités consomment le plus de stockage ? Généralement le scanner, l’IRM, la tomosynthèse mammaire numérique et la pathologie numérique, car leurs examens sont volumineux. La compression aide-t-elle pour le stockage d’imagerie ? La compression sans perte, prise en charge par de nombreux PACS et VNA, peut réduire sensiblement les données stockées. Les taux dépendent de la modalité et du contenu des images. Pourquoi le stockage d’imagerie ne cesse-t-il de croître ? Plus d’examens, des examens plus volumineux et une longue conservation se combinent, si bien que très peu de données quittent l’archive chaque année. À quelle fréquence mettre à jour les prévisions de stockage d’imagerie ? Au moins une fois par an, et à chaque ajout d’une modalité, d’un site ou d’un programme. Pour aller plus loin Stockage PACS et VNA PACS ou VNA La conservation des images médicales PACS sur stockage objet S3 La planification de la capacité de stockage