Tuesday, November 3, 2026
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4 enseignements clés pour la tech européenne : pourquoi il faut repenser la souveraineté numérique

Le point de vue de Jerome Lecat, CEO de Scality

Notre CEO Jerome Lecat s’est entretenu avec la Chambre de commerce franco-américaine (en anglais) pour expliquer comment les entreprises tech européennes peuvent prospérer tout en composant avec l’évolution des rapports de force mondiaux, dans une période de grands bouleversements.

Ayant partagé ces plus de 20 dernières années entre la Silicon Valley et la France, son pays d’origine, Jerome dispose d’une vision globale du paysage technologique. Diriger Scality depuis un double siège à San Francisco et à Paris lui permet de garder les pieds sur terre face aux implications plus larges des tendances du secteur dans le monde entier.

L’économie repose sur la concurrence mais, au bout du compte, l’écosystème tech est mondial et en constante évolution. Nous ne pouvons pas être naïfs si nous voulons réussir. – Jerome Lecat, CEO de Scality.

Jerome a dirigé des entreprises à travers trois crises graves, en traversant de profonds bouleversements et des récessions du secteur. Il partage ici quatre enseignements clés pour aider le secteur tech de pays européens comme la France à rester dynamique tout en traversant les tempêtes.

1. Concilier souveraineté numérique et réciprocité.

La coopération entre les trois grandes puissances technologiques mondiales, les États-Unis, la Chine et l’Europe, a diminué. Les États-Unis dominent incontestablement le secteur tech, mais la Chine comble son retard avec ses propres versions souveraines de Google, Facebook et Amazon. Elle aura bientôt aussi ses propres microprocesseurs.

L’opportunité pour l’Europe consiste à construire une approche souveraine équilibrée, avec des protections pour la R&D et l’investissement en Europe. La hausse des investissements dans la tech française ces cinq dernières années porte déjà ses fruits. Pas moins de 13 licornes de la French Tech se battent pour s’imposer sur le marché mondial.

Il est temps que les pays européens s’inspirent de la tradition américaine d’investissement créatif pour orienter le développement de produits dans de nouvelles directions et aboutir à des produits viables et précieux. Et le moment est venu de pratiquer la réciprocité avec la Chine. Ne fermons pas nos portes aux opportunités. Apprenons, montrons la voie et équilibrons nos investissements en Europe, tout en nouant des relations nouvelles et plus fortes avec nos partenaires américains de longue date et nos alliés émergents en Chine.

2. Utiliser le « soft power » et privilégier le patriotisme au protectionnisme.

L’Europe offre une grande liberté économique aux entreprises tech du monde entier. Nous sommes ouverts à tous. Mais nous ne prenons pas soin des nôtres.

Si les États-Unis cessaient de livrer infrastructures et logiciels, l’Europe aurait de sérieux problèmes. Mais voilà : je suis optimiste, et je crois au patriotisme plutôt qu’au protectionnisme. Nous pouvons utiliser le « soft power » du consommateur en produisant et en achetant local. Par exemple, il existe d’excellents constructeurs européens de voitures électriques : achetez-leur ! Et encourageons de bonnes politiques publiques, en nous inspirant de modèles américains comme le Small Business Act, qui favorise les entreprises américaines grâce à des incitations à la croissance et à l’investissement.

Nous pouvons encourager l’État et le secteur public à acheter local. Trouvons un moyen d’orienter davantage de dépenses publiques vers des entreprises françaises et européennes. On peut être fier de ce que l’on est, privilégier le soutien à son propre pays et, en même temps, être un bon citoyen du monde.

3. Privilégier la souveraineté des données plutôt que la réglementation.

Une réglementation excessive peut compliquer la réussite d’entreprises comme Scality. Le RGPD n’était pas adapté à une entreprise de notre taille. L’accent devrait être mis sur la création, ici même, de nos propres solutions de données souveraines, plutôt que sur l’application de réglementations larges et restrictives aux conséquences potentiellement imprévues.

En outre, le Clarifying Lawful Overseas Use of Data (CLOUD) Act (en anglais) permet aux autorités fédérales américaines de contraindre les entreprises tech basées aux États-Unis, par mandat ou injonction, à fournir les données demandées stockées sur leurs serveurs, qu’elles soient hébergées aux États-Unis ou à l’étranger. Nous devons repenser l’endroit où nous stockons nos données, ce qui peut impliquer de construire nos propres infrastructures numériques souveraines pour nous protéger.

Pour en savoir plus sur la souveraineté des données, lisez notre récent article de Stefano Maffulli, Senior Director of Digital Marketing & Community chez Scality : The Privacy Shield Fell—Now What?

4. Garder le cap dans la tempête.

Le monde est sens dessus dessous en ce moment. En tant que dirigeants, il est plus important que jamais de garder le cap. Quand on dirige une entreprise en difficulté et que le monde s’effondre autour de soi, il est extrêmement difficile de faire abstraction du bruit et de trier les conseils dont on est bombardé. Mais il le faut. Quand la pression monte, il est essentiel de prendre délibérément du recul et de passer du temps seul. Pour moi, la méditation est un outil précieux qui me permet de me recentrer et d’écouter vraiment mon intuition. Prenez le temps de vous poser les questions difficiles : votre entreprise a-t-elle encore du sens pour le monde ? Ce que vous avez créé est-il toujours viable ? Si oui, ne faiblissez pas. Trouvez une voie pour avancer. Il existe toujours un chemin, même si c’est à vous de le tracer.

Pour voir l’intégralité de la discussion de Jerome, riche en échanges passionnants, regardez son interview ici (en anglais) !